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HOMELIE DE LA NUIT DE NOËL 
Père Jacques WERSINGER

Aujourd'hui un Sauveur nous est né

Chers frères et sœurs, enfants, parents et grands-parents, grands et petits, nous voici rassemblés pour fêter la naissance du Seigneur. Même si on ne sait pas le jour exact, la venue de Jésus est une date décisive, qui a modifié le monde, de sorte qu’on a l’inscrit dans le calendrier « avant » et « après » Jésus-Christ.  Bien entendu, le monde n’a pas changé instantanément. Personne, à part quelques bergers, n’a compris que le monde était sauvé à cause d’un un bébé né dans une crèche. Les gens recherchent souvent des choses extraordinaires, pour se changer les idées et rêver. Et un bébé, il y n’y a rien de plus ordinaire. Pourtant le monde commence là, avec la capacité de se réjouir d’une naissance. Même si cela bouscule les projets. Et comme tous les bébés, Jésus a grandi. La graine d’espérance plantée la nuit de du premier Noël a grandi, si bien que dans tous les pays, on peut aujourd’hui chanter avec les anges du Ciel la joie d’accueillir le Seigneur sur terre. Il est notre sauveur. C’est cela que les anges chantent : « Un sauveur vous est né ». Mais il faudra beaucoup de temps pour qu’on comprenne de quoi Jésus est venu nous sauver. Il est venu nous sauver des fausses idées sur Dieu, et du découragement et nous proposer un chemin de bonheur. Pas un chemin facile et qui évite les problèmes. Mais un chemin pour sortir de la nuit.  Si on veut bien.

Jésus n’est pas venu tout transformer de force, malgré nous, contre nous. Le but n’était pas de raser un monde mauvais pour reconstruire à neuf, comme si tout était à jeter. Ça c’est une idée humaine, que de vouloir tout recommencer à zéro. Au nom des grands rêves d’avenir, au nom des grands principes, et de la perfection, ou nom de la vérité, et de la justice, et de la pureté, de la liberté, au nom de nos droits, au nom de Dieu, du pays ou de notre vision de l’homme idéal on finit par faire un monde invivable, impitoyable, où il n’y a plus de place pour les petits, les vieux, les handicapés, les malades, et les pauvres. Jésus est venu nous apprendre le vrai sens des mots. Et ce qu’est un cœur qui bat. Jésus agit « au nom de l’autre » concret, qui a un prénom et qui souffre au bord du chemin. Jésus, le maître de bonté, le Seigneur de pitié, est venu rendre un visage humain à ce monde. Jésus a ramassé les morceaux, les choses et les êtres fragiles, fêlés, cassés, abîmés. Il a fait ce qu’il était possible de faire avec des gens tordus, imparfaits, fatigués, avec leurs limites, leurs échecs, leurs limites. Et en tout cela Jésus a trouvé de la lumière, et de l’espérance. Et avec ces gens qui malgré leurs propres misères et problème, pouvaient encore se réjouir d’un bébé né dans une mangeoire à bestiaux, Jésus a commencé à construire le Royaume de Dieu.

2000 ans après le premier Noël, personne n’est obligé de croire en l’amour, au pardon, au sacrifice pour l’autre et en la fraternité. Ni de croire que les plus petits sont les plus importants, que les différences ne sont pas des obstacles mais des complémentarités et qu’il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie. Personne n’est obligé de croire enfin que l’essentiel est invisible aux yeux, que notre séjour sur terre n’est un passage, que Dieu est Père et que nous sommes ses enfants, appelés à partager éternellement sa vie. Personne n’est obligé de croire cela. Mais parce que Jésus est venu au monde, nous savons que cela existe, et que c’et un chemin de vie possible. C’est cela qu’il amenait avec lui, dans la crèche de Bethléem. C’était cela son cadeau au monde. Jésus nous apportait des raisons d’exister, d’espérer, d’agir. Son cadeau, c’est une boussole pour ne pas se perdre dans la nuit, et retrouver le chemin de la maison.  Et cette boussole fonctionne encore.

Il y a une manière d’entendre l’évangile de la nativité qui serait une grosse erreur. L’écouter comme le souvenir, l’histoire de ce qui s’est passé là-bas en Palestine il y a 2000 ans. Bien sûr, Jésus est né à Bethleem. Mais par son Esprit Saint, le Seigneur vient habiter les cœurs maintenant et c’est pour cela que Noël, le jour de naissance, est toujours et partout. Oui, « aujourd’hui nous est né un sauveur ». Si nous attendons noël demain, il sera toujours « pour demain ». Or c’est ici, maintenant que nous pouvons accueillir le Sauveur et marcher vers lui. La venue du sauveur commence dans mon aujourd’hui ou ce ne sera jamais nulle part. Jésus n’est pas venu nous faire rêver mais nous réveiller. C’est une révélation :  « Aujourd’hui » Dieu nous offre la paix. Aujourd’hui, c’est à dire pour nous en cette année 2021 marquée par le COVID, par les affaires d’abus dans l’Eglise, marquée aussi par l’écart croissant entre les immenses fortunes et les immenses pauvretés, par les grandes difficultés à vivre ensemble entre convictions différentes, aussi bien en couple qu’entre nations et l’inquiétude pour notre planète... Comme il y a 2000 ans les peuples sont dans la nuit mais une lumière brille pour ceux qui ne ferment pas les yeux et s’inquiètent pour d’autres. Car noël est une promesse en faveur des autres. Personne ne détient rien. Personne ne possède rien.  Chacun peut accueillir, croire, espérer, se réjouir pour l’autre. Tout est dans le « tendu vers ». C’est la fête de ceux qui ont dit oui, qui ont ouvert les yeux, les oreilles, les mains et le cœur, et se sont abandonnés à la confiance. Les anges sont au service de Dieu, les bergers au service de leur troupeau, Marie et Joseph au service de l’enfant. Chacun a appris à trembler pour l’autre. Chacun se réjouit pour l’autre. Se réjouit d’avance pour l’autre.  Parce qu’ils sont des bergers, parce qu’ils sont des parents, parce qu’il est Dieu, leur nature est de s’occuper de plus petits qu’eux. Et d’y trouver la Joie parfaite et éternelle.

                                                                                                                                                      Père Jacques WERSINGER

Paroisse de Saint Memmie             
                                                     Diocèse de Châlons en Champagne