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LA SAINTE FAMILLE

Père Jacques Wersinger

 

Le modèle de famille proposé a travers Jésus Marie et Joseph n’est pas un modèle spécial, mais la famille, tout simplement. Un lieu ou des parents accueillent un enfant et lui permettent de grandir, en l’éduquant et en le protégeant. Nous faisons tous partie d’une famille. Et nos parents un jour eurent des rêves ou des projets pour nous…Et puis on ne voit pas toujours grandir les enfants… Il faut pourtant qu’ils deviennent adultes. Et se détachent de leurs parents. Un peu comme le fruit mûr se détache de l’arbre. C’est difficile d'être parent. Ne pas étouffer les enfants, tout en leur donnant attention et tendresse… Ne pas lier les ailes des jeunes, tout en leur évitant d’amères ou dramatiques expériences. Distinguer entre l’amour qu’on porte à ses enfants et l’égoïsme qui voudrait les conserver pour soi seul. La sainte famille devrait éclairer ces difficiles questions. Or Joseph et Marie ne sont pas des super-parents. Ce sont des parents inquiets, qui ne comprennent pas, et Jésus est un fils qui semble lointain, presque indifférent. On est loin des séries télévisées ou tout finit en embrassade générale. Certes Jésus semble obéir. Mais Marie et Joseph ne comprennent pas comment Jésus a pu passer trois jours sans les chercher, sans s’inquiéter de leur angoisse. Et Jésus ne comprend pas pourquoi ses parents s’inquiètent. Pire : il semble indifférent à sa filiation terrestre : « Ton père et moi nous avons souffert » dit Marie ; « je suis aux affaires de mon Père » rétorque Jésus. Il ne reste qu’à méditer cela avec Marie.  Cela peut nous donner de bons repères.

Tout d’abord la famille de Jésus ne repose pas sur la fusion mais sur la distinction des personnes, dans leur singularité. Le but n’est pas de tout savoir, de tout se dire dans d’interminables mises au point. A un moment ou à un autre il faut admettre qu'on ne se comprend pas, même entre gens de bonne volonté. Reste alors à choisir… se faire confiance, croire en l’autre ?  Accepter qu’il ait un jardin secret inaccessible ? Où chercher à savoir à tout prix, jusqu’à l’indiscrétion… jusqu’au soupçon ? Autre chose est l'intérêt pour ce que vivent ceux que nous aimons. Autre chose le rêve de transparence absolue où on doit tout dire et tout comprendre. Il y a chez l’autre, même s’il est la chair de ma chair et le sang de mon sang, une part de mystère. Bien sûr, Marie et Joseph n’hésitent pas à dire leur souffrance et leur incompréhension. Ils ne font pas semblant de tout trouver normal. Mais ils acceptent aussi de ne pas tout saisir de l'autre. Il leur suffit de savoir que ce n’était pas pour les rejeter que Jésus les avait quittés, et de lui avoir dit combien ils tiennent à lui. D’ailleurs, la famille de Jésus n’est pas une famille étroite ou tous sont collés les uns aux autres, affolé qu’un membre ait d’autres centres d’intérêts. Jésus n’est pas là, parce qu’il est avec les autres… voilà tout.

Ensuite, la famille de Jésus est responsable de ce qui arrive. Ce sont eux qui lui ont appris à lire la Bible, qui l’ont conduit au Temple, qui lui ont appris à aimer prier et servir Dieu. Marie et Joseph ont orienté son regard vers Dieu. Et voici Et voilà que Jésus les dépasse. Il va plus loin, car ce Dieu qu’on lui a appris à aimer, il le reconnaît comme son Père, sa source véritable. Jésus va plus loin, mais c’est sa famille qui lui a permis de prendre son envol. Ses parents terrestres lui ont appris à reconnaître son Père du ciel. Nous sommes loin des modes qui consistent à laisser les enfants pousser comme des herbes sauvages pour garantir leur « liberté de choix plus tard ». On choisit en fonction des modèles qu’on reçoit. Et si la famille n’est pas un lieu de dressage, elle reste un lieu d’éducation absolument irremplaçable, le premier lieu de la rencontre de Dieu et de l’humain.

Joseph et Marie ont bien rempli leur rôle de parent, et malgré, ou plutôt à cause de cela ils souffrent car Jésus semble tout à coup inaccessible, presque étranger. C’est l’expérience que font certains parents. Jésus nous donne la clé : il n'est pas perdu, mais là où il doit être. Ce n’est nulle part ailleurs que dans le temple de Dieu qu’on le retrouve. Ainsi en est-il de nos familles terrestres. Tous, un jour, nous sommes séparés, quelle qu'en soit la raison, de ceux qui nous sont le plus cher. Avec Marie et Joseph, apprenons à vivre nos liens terrestres dans la confiance, sinon sans souffrance, apprenons à développer une vraie liberté chez ceux qui nous sont confiés, avec l’espérance de nous retrouver tous, un jour, dans le Temple du Seigneur.

                                                                                                                                                                                                  Père Jacques Wersinger

 

Paroisse de Saint Memmie             
                                                     Diocèse de Châlons en Champagne