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JESUS REALISE LES PROMESSES DE DIEU

La guérison du sourd muet est un beau modèle pour notre foi, et aussi pour notre mission d’annoncer l’évangile dans le monde. A notre époque, marquée par les moyens de communication, parler et écouter apparaissent essentiels. Mais nous le faisons souvent dans le mauvais sens. C’est-à-dire que tout le monde veut parler, tenir le micro… On écrit son livre, on donne son témoignage, on réclame la parole, au besoin en manifestant. Mais est-on capable d’écouter ? Mais qu’est-ce qui reste de ces milliards de parole écrite, dites, scandées, hurlées… mais pas entendues. Quand sur un plateau de télé deux adversaires se sont écharpés pendant une heure, au fond, qu’est ce qui a été dit ? On a crié, on a ricané, on a protesté. Mais a-t-on vraiment parlé ? On voudrait, on exige même que les autres nous écoutent, et on parle de plus en plus fort pour être entendu… Ne faut-il pas commencer par écouter avant de parler ?

Je retiens trois choses de cet évangile

Tout d’abord, pour retrouver la capacité d’échanger, c’est-à-dire d’entendre et de parler, il faut baisser le son…  C’est dans une rencontrer personnelle, un contact direct où on peut être libre, à cœur ouvert, sans craindre le regard et la critique, que la possibilité de changer survient. Le feu des projecteurs, le centre de la scène ne sont pas le meilleur lieu pour cela…  A vouloir aller trop vite, on risque de tout bloquer. Taisons-nous et écoutons l’autre paisiblement, dans le silence d’une rencontre ou nul n’a besoin de crier pour se faire entendre, puisque l’autre accepte de tendre l’oreille et d’écouter voix de la raison, la voix de la confiance et de l’amitié.

Ensuite, il y a un sens à respecter. La guérison commence par l’ouverture des oreilles. Celui qui est incapable d’entendre risque précisément d’en rester à un dialogue de sourds… Il n’a rien à dire, ou il ne peut parler que de lui. Or la parole est un échange, pas une arme ou un jeu. Et dans le développement humain, on a tous appris à parler parce que nous écoutions la voix de nos parents.  Pour que parler soit bien plus que l’aligner des phrases creuses, ou une technique pour dominer l’autre, il faut d’abord ouvrir les oreilles. Celui qui ouvre les oreilles découvre que le monde ne se limite pas à ce qu’il croit ou pense… Sinon, sans oreilles, on risque de ne retrouver la parole que pour dire « moi je » et rester dans un isolement encore plus grand, puisqu’on n’écoute que le son de sa propre voix.

Enfin, on peut écouter, comme cet homme en voie de guérison, la parole de Jésus : « ouvre-toi ». Une invitation à l’ouverture qui n’a peut-être jamais été aussi urgente qu’en ce moment. Le maître mot de l’écoute et de la parole, de la relation avec les autres et avec Dieu, tient en ceci : « ouvre-toi ». Ce qui nous paralyse les oreilles et la langue et transforme nos paroles en silences gênés et en cris inaudibles, ce qui fait qu’on est « bouché », ce sont les préjugés, les idées et certitudes toutes faites, les peurs injustifiées, les jugements à l’emporte-pièce. « Ouvre-toi… » Un conseil et une nécessité. Dans une société prétendument libérale mais où chacun semble figé dans ses positions, puissions-nous, chrétiens, êtres des hommes et femmes d’ouverture et de dialogue, qui sachent, comme dit l’évangile « parler correctement ».

On se rappelle que dans l’évangile de saint Marc Jésus refuse la parole aux esprits mauvais : « silence, tais-toi ». Tais-toi un peu, et écoute donc avant de parler trop vitre. Alors, si les oreilles de ton cœur s’ouvrent, tu pourras parler et ta parole ne sera plus un hurlement de rage ou de peur ou un murmure honteux, mais une parole digne de retentir éternellement. Car la première parole que nous entendrons dans le royaume de Dieu sera une parole de bienvenu, et notre parole en retour sera un chant de joie qui jamais ne retombera.

 
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POUR VOUS , QUI SUIS - JE ?

Ne pas éviter la mort, mais la traverser avec le Christ..

Il arrive parfois de rencontrer des gens qui ne croient plus en Dieu ou ne pratiquent plus, parce qu’ils ont eu une grande épreuve. Cela me fait penser à Pierre et aux apôtres dans cet évangile : ils imaginent que Jésus est un « super-héros » invincible qui protégera ceux qui lui font confiance et le suivent. Or Jésus leur dit clairement qu’il marche vers la mort, et que celui qui veut le suivre doit, comme lui, porter sa croix et accepter de perdre sa vie ! Comment comprendre cela ?Les apôtres sont un peu perdus. Ils ont sans doute appris que si on est sage, sérieux et honnête, SI Dieu est avec nous, on finit toujours par réussir dans la vie. Dieu est juste et bon, et il n’abandonnera pas ceux qui veulent être eux aussi, à son image, justes et bons. Or les apôtres sont certains que Jésus est tout cela et encore bien plus :  Pierre l’affirme, Jésus est le Christ, l’envoyé de Dieu. C’est lui qui va sauver les autres et mettre fin à l’oppression, à la violence, à la mort. Car, selon la Bible, c’est la mission du Christ. Comment Dieu pourrait-il laisser Jésus souffrir et mourir ? N’est-ce pas l’échec de sa mission ?

 Pourtant il suffisait de lire la Bible en entier, et pas seulement les passages qui plaisent. Oui, il y a des histoires qui se terminent bien. Il y a des gens pieux et justes qui vivent une belle vie paisible.  Heureusement ! Mais il y a aussi les histoires qui se terminent mal. Des gens sont morts en voulant porter secours, se sont trouvés ruinés pour avoir été généreux, se sont fait insulter et battre pour avoir défendu le faible. Des familles paisibles ont été bouleversées, emportées par la fureur de la nature, la maladie, la guerre. Des mamans ont perdu leurs enfants…  Les apôtres savent cela. Mais ils se disent que le Messie vient précisément pour y mettre fin. Or Jésus parait dire l’inverse : Le Christ, l’envoyé de Dieu, sera lui-même victime de cette violence faite aux innocents, et il en mourra. Cela les choque tant qu’ils en oublient la fin de la phrase : « pour que trois jours après il ressuscite ». Pour eux, il est impensable que Jésus souffre et meurt, car cela signifierait que le Christ de Dieu est vaincu par les forces des ténèbres.

Pierre et les apôtres ont confondu une certitude de foi, l’espérance en Dieu, avec la vie ordinaire sur terre. En effet, la vie chrétienne, le message et les actes de Jésus sont incompréhensibles si on les juge à leur efficacité immédiate. Parfois ça marche. Souvent, c’est « à fonds perdus ». Il faut un sens de la gratuité. Des savants, des éducateurs, des militants politiques ou associatifs s’engagent souvent en sachant qu’ils ne verront sans doute pas le résultat de leurs efforts. Ils travaillent et prennent des risques pour l’avenir. Il faut avoir le sens de l’histoire et du collectif. Ce n’est pas ma tranquillité ou ma récompense personnelle que je cherche, mais le bien de tous, dans la durée. Entre le temps des semailles et des moissons, il peut passer beaucoup de temps

De plus, il faut parfois accepter l’échec, parce qu’il y a des cas où refuser l’échec, ce serait renoncer à notre idéal. Ce serait gagner au prix de « perdre son âme ». Jésus pourrait peut-être, par la puissance de sa parole, lever une armée et balayer toute opposition par la force, en appelant le feu du ciel à consumer ses ennemis. Assurément Il aurait gagné. Mais alors que devient le message de paix, de bonté, de pardon, de fraternité ? Peut-on imposer la douceur par la violence ? Peut-on obliger de force à aimer ? Le chemin de l’amour, c’est le chemin de la patience, du long terme, du témoignage et de la confiance, y compris à travers les épreuves et la mort. Marcher à la suite du Christ, c’est refuser certains moyens. C’est renoncer à une certaine forme d’efficacité immédiate. C’est finalement se mettre dans le « temps de Dieu » , qui dépasse de loin nos existences terrestres.  

Quand je baptise, je rappelle que le plongeon symbolique dans l’eau du baptistère est marqué par le mystère pascal : naître à la vie éternelle, la vie de Dieu, ce n’est pas éviter la mort. C’est la traverser.  La victoire du Christ et de tous les ouvriers de l’évangile ne peut être comprise que dans la foi en la résurrection et en la Vie Eternelle. Et c’est dans cette foi et cette espérance que les disciples acceptent désormais de porter leur croix, eux aussi, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

                                                                                                                                   Père  Jacques WERSINGER

Paroisse de Saint Memmie             
                                                     Diocèse de Châlons en Champagne