L ' EVANGILE DE LA FIN DU MONDE 

L’évangile de ce dimanche est spectaculaire.  On a souvent sculpté ou peint le « jugement dernier » sur les façades des cathédrales. On connait peut- être celui de la Chapelle sixtine par Michel Ange, par exemple, ou celui de Conques, de Bourges, des Hospices de Beaune etc.  Dans l‘évangile de saint Mathieu, il complète les paraboles des jeunes filles de la noce et des serviteurs du maitre. 

Cette parabole apporte deux éléments. On sait déjà que la provision d’huile pour leur lampe et les talents confiés par le maître augmentaient par les bonnes œuvres. Jésus donne ici une précision supplémentaire. L’Epoux, le Propriétaire, c’est le Seigneur qui de manière invisible, nous rencontrons. Il nous donne, à travers la rencontre ceux qui ont besoin d’aide, l’occasion d’augmenter huile pour éclairer la fête, de multiplier le talent confié pour entrer dans la joie du Seigneur.  Par ailleurs, à la différence des deux premières paraboles, les gens sont conscients de leur responsabilité. Les jeunes filles savent qu’elles doivent éclairer le chemin de l’Epoux, les serviteurs savent qu’ils doivent augmenter la fortune du maître. Ici, des gens découvrent qu’ils ont fait exactement ce que le Seigneur attendait d’eux sans même le savoir. Et inversement, bien entendu ! 

 

La peur de l’enfer ou l’amour de l’autre ?

Cet évangile pourrait sembler très dur. On a souvent reproché à l’Eglise de faire peur aux gens avec l’enfer. Si Dieu est amour et miséricorde, peut-on imaginer qu’il prenne plaisir à faire souffrir même le pire des hommes ? Comment est-ce possible ?  Réfléchissons un peu à cela… Tout d’abord, il ne faut pas tirer de conclusion trop rapide sur ce qui nous attend au jour de la résurrection. C’est une image destinée à nous faire réfléchir à nos comportements.

Ici Jésus semble dire que le bonheur ou la souffrance éternelle se jouent sur le verre d’eau offert ou refusé. Or je suis certain que chacun de nous a, d’une façon ou d’une autre, offert et aussi refusé au moins un verre d’eau dans sa vie…   Bien entendu, nous ne rencontrons pas tous régulièrement des gens visiblement prisonnier, affamés, démunis ou malades. Ceci arrive facilement si vous êtes médecin, si vous habitez près d’un centre d’accueil de réfugiés, si un SDF frappe à la porte. Mais si j’habite la campagne, c’est plus rare ! Mais ceci peut être aussi bien un besoin spirituel autant que matériel… Jésus avait dit que l’homme ne vit pas seulement de pain ! Il y a aussi la faim de rencontre et d’échange, la faim d’amitié, la faim d’espérance. On peut être très riche et avoir soif d’une véritable amitié ! On peut être prisonnier dans sa tête, etc. Il n’y a pas besoin d’être dans des situations exceptionnelles pour donner quelque chose… Même si on pense n’avoir pas grand-chose à donner.  Il y a des malades qui remontent le moral des soignants, des pauvres qui aident des riches à ne pas être prisonniers de l’argent. Cela marche dans tous les sens. Chacun, sans exception, a une sorte de verre d’eau qu’il peut offrir… Et chacun bien entendu, a aussi besoin qu’on lui offre un verre d’eau !   Parfois, un simple téléphone est l’outil idéal pour partager quelque chose avec celui, celle qui a besoin d’un peu de chaleur humaine.  La condition, c’est d’avoir le cœur ouvert, d’avoir envie de donner quelque chose. Donc faisons confiance à Dieu sans nous effrayer trop vite.

Dieu n’est qu’amour.

Cependant, il reste quand même dans la parabole une sorte de séparation radicale entre ceux qui vont au paradis et ceux qui en sont rejetés. Comment cela peut-il s’accorder avec le conseil de Jésus de pardonner 70 fois 7 fois ! Lui qui ne vient pas pour condamner mais pour sauver.  Pour mieux comprendre, il faut se rappeler qui est Dieu, et ce qu’est la Vie éternelle qu’il nous propose.

Dieu est amour et il ne peut rien offrir d’autre que ce qu’il est !  Il ne peut donner que de la vie fondée sur l’amour généreux. Et c’est cela le problème : certains ne peuvent pas accueillir cela !  Dans la parabole, les premiers ont agi sans se soucier de savoir s’ils servaient Dieu ou pas ! Ils ont vu quelqu’un en détresse, et l’ont aidé. Les autres l’auraient fait, s’ils avaient su que c’était le Seigneur, c’est-à-dire s’ils avaient su qu’ils risquaient une récompense ou une sanction.  C’est pour cela qu’ils se ferment les portes du Ciel. C’est bien la gratuité du geste qui va faire entrer dans la Vie éternelle… Ceux qui ne font le bien que lorsqu’ils pensent que cela leur fait gagner des points de vie, comme dans les « quêtes » des jeux vidéo, ceux-ci ne peuvent pas entrer dans la joie du Seigneur, parce qu’ils ne voient que leur intérêt. Or l’amour ne se soucie pas de son intérêt, mais de celui de l’autre.

Certains ne veulent pas aimer, mais seulement être aimés !  Or le paradis, la Vie éternelle, ce n’est pas d’être aimé ! C’est d’aimer comme Dieu aime. Aimer, comme disait Thérèse de Lisieux, « c’est tout donner et se donner soi-même ». L’amour est gratuit, généreux, attentif. Dieu peut aimer le pire des assassins du plus profond amour… Cela ne sert à rien si celui-ci n’accepte pas de répondre à cet amour en aimant à son tour. On peut aimer quelqu’un, mais cette personne reste encore étrangère à l’amour tant qu’elle ne fait que consommer de l’amour, comme ces vampires qui se nourrissent de la force vitale des vivants. Celui qui donne quelque chose de lui-même par amour de l’autre, gratuitement, est comme « accordé » au Seigneur.  Sinon, si nous restons de pierre, durs, insensibles, si nous ne répondons pas à l’amour par l’amour, rien n’est possible Et c’est cela le jugement. Quand constamment on a refusé d’entrer dans cet amour qui accepte de donner, au moins une miette de son temps, de son attention, de sa richesse à l’autre, alors on ne peut pas s’accorder à Dieu. Parce qu’il n’y a pas de place en nous pour cet amour. Sans doute on voudrait être aimé, accueilli, pardonné, mais ce n’est pas cela que Dieu nous propose. Il nous propose sa vie, son cœur, sa manière de voir, son esprit.  Dieu veut nous rendre sensibles. Comme lui. 

Si j’avais su !

Il y a une manière de comprendre cet évangile qui risque de nous éloigner du Seigneur. C’est de dire « si j’avais su ! « Si j’avais su que c’était le Seigneur qui se cachait dans cet homme, cette femme, cet enfant en détresse, je l’aurai aidé. Comme ces gens qui ne disent pas bonjour, et tout à coup se font tout aimables quand ils apprennent que cette personne apparemment toute ordinaire, c’est une personne importante, qui pourrait leur être utile ou leur causer des problèmes.  Or justement, c’est ce que Dieu ne veut pas. Il n’a pas besoin de notre aide, Lui la source de tout ! Dieu ne veut pas que notre charité soit conditionnée par le fait qu’on sait qu’on « aide » Dieu. La condition pour que ça marche, pour que ça ait de la valeur et du sens, c’est que le geste d’aide fraternelle soit vraiment gratuit. Que ce soit par bonté de cœur et non par calcul. 

Et c’est cela le jugement. Quand on refuse d’entrer dans cet amour qui accepte de donner alors on ne peut pas accueillir Dieu en soi. Sans doute on voudrait être aimé, accueilli, pardonné, mais si nous ne voulons pas entrer dans les mêmes sentiments que Jésus, nous construisons déjà notre petit enfer personnel, réclamant éternellement un amour et une vie dont on n’a pas compris la véritable nature. Pour prendre une image, pensons à ces gens invits à une fête, un anniversaire, et qui restent dans leur coin a faire la tête par égoïsme envie ou jalousie. Ils pourraient être heureux en s’associant à la joie des autres, mais plus ceux-ci sont joyeux, plus ça les énerve, plus ils brûlent de colère

Dieu nous propose sa vie, son cœur, sa manière de voir. Il nous propose son esprit.  Dieu veut nous rendre sensible. Les premiers ont agi sans se soucier de savoir s’ils servaient Dieu ou pas ! Ils ont vu quelqu’un en détresse, et l’ont aidé. Les autres l’auraient fait, s’ils avaient su que c’était le seigneur, c’est-à-dire s’ils avaient su que qu’ils risquaient une récompense ou une sanction.  C’est bien la gratuité du geste, la bonté qui agit sans calcul qui fait entrer dans la Vie éternelle….

Paroisse de Saint Memmie              Diocèse de Châlons en Champagne

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Monseigneur Gilbert LOUIS

Evêque de Châlons