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DIMANCHE DE LA PENTECÔTE

La Pentecôte est la fête des premières récoltes en Israël et l’anniversaire du jour où le peuple avait reçu de Dieu, via Moïse, les commandements qui accompagneront sa marche puis son installation dans la terre promise. Il y à la fois une première moisson de ce que la Parole de Dieu a semé, et de nouveaux commandements pour accompagner un peuple nouveau dans sa marche vers le Royaume. Mais désormais, les commandements de Dieu s’adressent à tous ceux qui les accueillent, et seront invités à les vivre de retour chez eux… Parthes, grecs et Elamites, etc… Bref, tous les peuples.  Car la Terre promise est une réalité spirituelle, et la Loi donné par Jésus n’est plus une longue liste de préceptes, mais un esprit : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même ». Et en effet, tout va désormais se centrer sur l’accueil de l’Esprit Saint, dont le premier effet est de pouvoir annoncer l’action de Dieu dans la langue et la culture de l’autre, et donc de ne pas répéter indéfiniment les mêmes choses dans les mêmes mots figés. Sans l’Esprit, on reste cloisonné entre les quatre murs de notre synagogue, de notre église ou de notre chapelle, rabâchant les mêmes formules en rêvant que les autres vont se précipiter pour entrer et faire comme nous…
L’Esprit Saint est Esprit d’adaptation. C’est de cela que parle Jésus. Curieusement Jésus affirme que l’Esprit va reprendre ce qui vient de lui pour le faire connaître aux disciples. Jésus n’aurait-il pas eu le temps de tout expliquer avant de monter au Ciel ??? En fait, l’absence physique de Jésus, et l’obligation, pour les disciples, de s’adapter à des situations étrangères à ce qu’ils connaissaient en Palestine va les obliger précisément à chercher à comprendre mieux le sens des actes et des paroles de Jésus, de sorte qu’ils puissent, les adapter à des situations et des contextes totalement imprévus. C’est ainsi qu’ils seront « dans la vérité tout entière ». Une vérité qui ne se limite pas à savoir si Jésus a « réellement dit ceci » ou « vraiment fait cela » matériellement, mais cherche qu’elle était sa véritable intention, dans quel esprit il parlait et agissait. Il ne suffit pas d’apprendre la Bible par cœur, en grec en latin ou en hébreu Nous ne serons ni disciples ni missionnaires si nous ne sommes pas attentifs à l’idée, l’esprit dans lequel Jésus parcourait les routes et enseignait. C’est « spirituellement » et non dans une imitation matérielle impossible qu’il nous faut aujourd’hui « guérir les malades, ressusciter les morts, pardonner aux pécheurs, et partager le pain, le vin et les poissons ». Sinon, nous restons coincés dans un entre-temps stérile, pris entre le souvenir imaginaire d’un lointain passé et l’attente indéfinie d’un Royaume de Dieu qui pourtant, dit Jésus, est déjà là.  Bref, si nous ne cherchons pas à rejoindre l’autre dans sa langue, si les règlements, les rites et les coutumes sont plus importants que la rencontre et l’accueil, il est inutile de prier l’Esprit, puisque nous ne voulons pas qu’il agisse.
Aujourd’hui, on prie beaucoup l’Esprit Saint. Mais ce que cela signifie ? Dans le Nouveau Testament, on ne parle jamais de « prier l’Esprit Saint ». On l’accueille, on le reconnaît à l’œuvre chez l’autre, on s’adresse au Père, par le Fils, dans l’Esprit. Si nous ne sommes pas dans l’attitude du Fils, si nous ne cherchons pas à entrer dans la volonté du Père, c’est inutile. S’il y a désormais d’innombrables chants et prières à l’Esprit Saint. Même le célèbre Veni Crator sur les sept dons de l’Esprit ne peut être dit que déjà inspiré par l’Esprit. Ne faisons pas de l’Esprit Saint le patron des causes désespérées, qu’on prie quand on ne sait pas quoi faire, pour qu’il nous donne la solution miracle ou agisse à notre place. Par définition l’Esprit est immatériel. Il ne peut pas agir à côté ou contre. Il ne peut qu’« inspirer ». Le contraire du Saint Esprit, ce n’est pas la matérialité, la réalité physique, le monde : c’est le mauvais esprit. Là où règnent la peur, l’indifférence, l’obsession des conventions, la mesquinerie, la rancune l’instinct de propriétaire et la rivalité, il n’y a pas de place pour le saint Esprit. Ainsi la liste des attitudes décrites par Paul en seconde lecture ne décrit pas l’Esprit, mais les effets de l’Esprit. Il s’agit d’attitudes. On peut chanter « viens Esprit Saint » à gorge déployée, si l’esprit de critique est à l’œuvre, ça ne marche pas. Dans nos prières à l’Esprit, il peut arriver qu’on appuie à la fois sur l’accélérateur et sur le frein, priant l’esprit de faire à notre place ce que nous ne voulons dans le fond pas vraiment faire… Comme le vent se reconnait à ce que les arbres bougent, l’Esprit, qui souffle où il veut, se reconnaît quand les cœurs s’ouvrent. Ainsi était-il à la Pentecôte. Ainsi peut-il en être encore aujourd’hui. 

Paroisse de Saint Memmie              Diocèse de Châlons en Champagne