L’évangile dit que Jésus est transfiguré, ou plus exactement « métamorphosé », qu’on traduit parfois par « transformé ». C’est exactement ce que saint Paul demandera, avec le même mot, aux chrétiens de Rome ou de Corinthe : « soyez transformés… pour voir quelle est la volonté de Dieu (…) : nous aussi nous sommes transfigurés en cette même image (…) ». Donc la transfiguration de Jésus signifie bien plus qu’un phénomène spectaculaire. C’est, rendue pour quelques instants visible, sensible à nos sens, la beauté, la splendeur intérieure, invisible aux yeux, du Fils de Dieu, auquel nous sommes invités à ressembler. La transfiguration de Jésus est la révélation, l’extériorisation de ce qu’il est intérieurement, mais aussi l’annonce de ce que nous sommes appelés à être, en attendant une transfiguration définitive. Le but n’est pas de montrer que Jésus nous est supérieur, mais de nous inviter à suivre le même chemin. C’est ce que les peintres tentent de représenter quand ils peignent des auréoles et des rayons de lumière autour de la tête du Christ ou des saints. On voit des gens ordinaires, parfois enchainés, torturés et en même temps, rayonnants, illuminant l’entourage. Le plus frappant, c’est Jésus crucifié, mort seul sur la croix, et dont l’auréole semble éclairer le monde. Ces images invitent donc à voir, avec les yeux du cœur, ce qui reste caché derrière les apparences.  

Or justement, pour être chrétien, il faut voir plus loin que les apparences. Quelques jours avant Jésus a invité chacun à prendre sa croix et à le suivre, car « qui veut sauver sa vie la perdra ». Le problème, c’est qu’on ne parle pas tous de la même vie. Pour Jésus, vivre, c’est aimer, quoi qu’il arrive, et la vie terrestre n’est qu’un passage vers la Vie éternelle. Au contraire, pour la majorité des gens, à l’époque, la seule réalité qu’ils connaissent, la seule qui compte, c’est la vie sur terre. Leur seul horizon, leur seul rêve, c’est de mourir âgés, riches, respectés, avec une descendance. C’est la réussite qu’ils attendent de Dieu. Tout le contraire de ce qui va arriver à Jésus. Lui, le fils bien-aimé va mourir jeune, dans le dénuement et la solitude. Il faut donc croire que le chemin proposé par Jésus est, malgré les apparences, un chemin de vie, et que, quelles que soient les apparences, Jésus est bien le fils bien aimé du Père, et non un imposteur. On doit lui faire confiance.

C’est ce que dit la voix céleste « écoutez-le » Malgré ce qui va se passer, il est réellement mon fils bien aimé. Mais écoutons-nous vraiment la Parole du Christ jusqu’au bout ? Les apôtres avaient écouté la parole de Jésus, d’abord en répondant à son appel sur les bords du lac pour devenir ses disciples, puis quand il les avait envoyés en mission évangéliser les villages, guérissant les malades et chassant les esprits mauvais. C’étaient des jours de gloire, où chacun se précipitait pour inviter le Maître et ses disciples à sa table, en attendant la venue du Royaume de Dieu, demain ou après-demain, un royaume où les disciples seraient prince ou ministre. Mais les disciples vont-ils continuer à écouter Jésus, maintenant qu’il leur parle de sa mort. Jésus leur parle aussi de résurrection, de vie au-delà de la mort. Leur fidélité et leur confiance iront-elles jusque-là ou partiront-ils quand la popularité de Jésus et les perspectives de réussite matérielle commenceront à disparaitre ?

C’est ce que feront beaucoup de gens. Certains se retrouveront même parmi ceux qui criaient « crucifie-le ». Même Judas, un des plus proche, trahira Jésus. Aujourd’hui il est peu probable que nous risquions la torture ou la mort. Mais écoutons-nous réellement l’appel à pardonner les offenses ? Mettons-nous en pratique les commandements du Christ, particulièrement les béatitudes, même et surtout quand cela n’arrange pas nos affaires ? Acceptons-nous de parler et d’agir à contre-courant, quand l’opinion publique va contre ce que nous voyons dans l’évangile ? Sommes-nous chrétiens par confort et habitude ? Pour reprendre souffle et nous renouveler, remettons-nous en pensée sur la montagne avec Pierre Jacques et Jean. Ils ne comprennent pas tout, ils continueront à avoir peur, et la résurrection reste encore pour eux un mystère. Mais ils savent que Jésus, jusque dans les pires épreuves, est le chemin vers la vie véritable. Telle est notre foi, et voici pourquoi, nous aussi, nous voulons l’écouter et le suivre jusqu’au bout.  Pour cela, allons, dans le silence, la lecture, la prière, la méditation, chacun dans sa petite montagne intérieure en compagnie du Seigneur.

TRANSFIGURATION CARÊME

Paroisse de Saint Memmie              Diocèse de Châlons en Champagne

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Monseigneur Gilbert LOUIS

Evêque de Châlons