Chers paroissiens

 

Vous êtes « ma famille », celle que Jésus m’a confiée et à qui j’ai donné ma vie.

Dans ces « épousailles » avec vous,  mon célibat de prêtre prend tout son sens.

J’ai essayé de vous aimer, de vous servir souvent avec passion et grande joie,

parfois dans les larmes et les doutes, mais toujours avec le souci de vous conduire

au Christ, de vous donner le Christ. J’ai essayé d’être « tout à tous » pour reprendre

une expression chère à l’apôtre Paul, avec mes talents et mes fragilités.

Alors que je vais bientôt vous quitter pour une autre mission, je tiens à reprendre

avec vous le chemin parcouru depuis douze ans.

 

Mon souci premier a toujours été de promouvoir la communion fraternelle,

conscient que « c’est à l’amour fraternel que l’on reconnaît les disciples du Christ ».

Pas d’évangélisation possible, pas de crédibilité de l’Evangile sans une communion fraternelle

réelle au-delà des clivages et des sensibilités spirituelles. Ma joie a toujours été de rassembler,

surtout le dimanche et les jours de fête et à l’occasion des repas fraternels et des assemblées générales. C’est une conviction : la communion n’est jamais totalement acquise. Elle est toujours à rechercher, coûte que coûte. Elle réclame de chacun de nous, des prêtres et des paroissiens, prière, humilité, pardon, compréhension, persévérance, ouverture de cœur… Tordons le cou à tout ce qui détruit la communion ! C’est là un vrai défi à relever chaque jour pour les disciples du Christ que nous sommes.

 

Mon second souci a été d’enraciner la mission confiée dans la prière. Elle est le lieu de toutes les fécondités, parfois inespérées. Par la prière, j’apprends et nous apprenons à me/nous recevoir du Christ comme Maître et Seigneur de nos vies. Prier, c’est revenir sans cesse à la source de sa vocation personnelle et ecclésiale, c’est apprendre à quitter nos manières de voir pour laisser Dieu nous rejoindre et nous parler.

L’Adoration eucharistique contribue à cet enracinement. Assurée par quelques uns d’entre vous le mardi soir, elle est partie intégrante de la mission. J’espère que d’autres entendront l’appel à donner une heure par semaine pour adorer le Seigneur, être là devant lui,  le cœur habité par bien des visages que la mission nous conduit à rencontrer et à accompagner.  L’adoration est un acte de gratuité, de pur amour rendu à Dieu et aux hommes.

Oui, il nous faut soigner notre relation au Seigneur et approfondir notre foi. Si cela vient à manquer, nous risquons de nous décourager,  de perdre la flamme, de laisser place à bien des futilités, voire des idoles qui nous éloignent de Dieu. La foi n’est pas chemin facile. Dans ma relation aux enfants du catéchisme, je les ai souvent invités à mettre en place un temps de prière chaque jour avec Jésus ; je me réjouis aussi de voir des couples se mettre à prier ensemble et combien j’aimerais que les familles redécouvrent, elles aussi, le chemin de la prière comme chemin de communion et d’apaisement.

La prière n’est pas une refuge. Elle est un appel à sortir, à quitter les « bruits » du monde, à se retrouver en face de la vraie Vie. Aujourd’hui plus qu’hier, nous avons un réel besoin d’intériorité. Il nous faut la choisir et la promouvoir. C’est un service à rendre à nous-mêmes et à nos contemporains! Prier, quitter sa maison pour rejoindre une communauté en prière est devenu un acte hautement prophétique !

 

Mon troisième souci a toujours été de promouvoir une Eglise, une paroisse missionnaire

dans un contexte de déchristinisation. L’Eglise ne vit pas pour elle-même, elles est donnée au

monde : « Allez de toutes les nations, faites des disciples » ! (Mt 28). Pour ce faire, je vous ai

souvent encouragés à être « disciples missionnaires » pour reprendre une formule souvent

utilisée dans la bouche du pape François et de notre évêque. Je suis « missionné » par le Christ

pour être « son regard, sa patience, son pardon, sa compassion, son écoute… parfois même

sa « colère » - rappelons-nous les fameuses colères de l’abbé Pierre - auprès de ceux

qui font route avec moi. Il s’agit surtout de laisser tomber bien des « à priori »

sur les personnes rencontrées, de les accueillir pour ce qu’elles sont, de prendre le temps

de l’écoute, de chercher à les comprendre, à les aimer à les servir… En cela, nous avons

toujours et toujours des conversions à vivre, des peurs à surmonter, des initiatives à prendre,

des joies à découvrir !

 

Notre communion à la « Présence réelle » de Jésus dans l’Eucharistie nous conduit à être « réellement présents » à ceux qui nous entourent. C’est bien dans cet esprit que nous avons lancé il y a trois ans les équipes de quartier. L’expérience acquise nous aide à les promouvoir à partir de trois mots : Prière, Partage, Mission. La prière pour apprendre à nous recevoir du Christ, à écouter sa Parole, le Partage pour réaliser les attentes, les joies, les souffrances, les événements qui traversent notre vie et la vie des gens du quartier et la Mission qui consiste à répondre aux appels que l’on aura su discerner ( une visite à rendre, un coup de fil, une invitation, un service à proposer, un renseignement à donner….)

 

La mission porte aussi en elle-même l’attention et une présence aux personnes fragilisées par la vie. Nous avons essayé de répondre aux détresses rencontrées par l’engagement de plusieurs d’entre vous dans les associations caritatives telles que le secours catholique, les conférences St Vincent de Paul, l’association « Désir d’Haïti », le réseau « éducation sans frontière », le CCAS, la bibliothèque sonore, l’accompagnement scolaire… Quelques unes d’entre vous sont également membres du service paroissial des malades et portent la communion …

 

A cette pastorale dite de « proximité », j’ajouterai une pastorale de « projets » qui permet de rejoindre un public plus large et parfois éloigné de l’Eglise. En cela , nous avons besoin d’être imaginatifs, de sortir des chemins battus… Nous avons vécu de belles expériences autour des journées du patrimoine,  des diverses animations vécues autour de l’Expo sur « Monsieur St Memmie », les expos crèches « faites maison », les concerts, la sortie paroissiale à la cathédrale de Laon et à Notre Dame de Liesse, les repas avec l’association « Désir d’Haïti », et sans oublier la belle réalisation du nouveau baptistère,  l’icône de la résurrection qui éveille au sens du baptême, le réaménagement du Chœur et de l’entrée de l’église, la mise en place d’un site paroissial devenu incontournable aujourd’hui….

                                                                                               Parmi ces projets, on peut se réjouir de l’implantation des sœurs de l‘Annonciation de Bobo                                                                                                    qui peu à peu prennent leur place dans la mission locale et diocésaine. Je n’oublierai jamais la                                                                                                joie vécue lors de la célébration d’accueil présidée par notre évêque au son des djembés et                                                                                                    des danses !

                                                                                               Enfin que serait la mission sans l’investissement de plusieurs d’entre vous dans l’entretien et                                                                                                  les réalisations matérielles au profit de la mission ! Merci à tous les « professionnels » du                                                                                                        balai, du chiffon, de l’aspirateur, du tournevis, du marteau, de la tondeuse, du pinceau, de la                                                                                                  couture, du traitement de texte, de l’art floral, de la sacristie, de la bricole à tout va… Merci à                                                                                                  tous les acteurs de la liturgie sans lesquels le prêtre se trouverait bien seul pour les diverses                                                                                                  célébrations du dimanche, des baptêmes, des obsèques... Merci à celles et ceux qui prennent                                                                                                une part active à la transmission de la foi en accompagnant des enfants, des jeunes et des                                                                                                      adultes. Mille mercis !

 

Par ces lignes je réalise un peu mieux par quels chemins l’Esprit Saint nous a conduits durant ces années passées au milieu de vous. Je rends grâce au Seigneur pour le travail accompli. Je le remercie du fond du cœur pour les nombreux collaborateurs(trices) qu’il a mis sur mon chemin : les membres des équipes pastorales, des conseils pastoraux et économiques qui ont toujours su se renouveler. Ma joie c’est de vous voir poursuivre la route et de mettre à profit les richesses qui vous animent. La communauté est belle de chacun de vos visages sans oublier les personnes dont l’âge ou la santé ne leur permettent plus de nous rejoindre le dimanche.  Mais elles demeurent bien présentes dans ma prière et je sais que je peux compter sur la vôtre. D’autres visages restent présents dans mon cœur : ceux de mes parents, mais aussi le visage de mes prédécesseurs et celui des paroissiens qui ont marqué la vie de cette paroisse et qui ont rejoint la maison du Père.

 

                         Bien fraternellement et avec ma profonde reconnaissance, Père Marc

Paroisse de Saint Memmie              Diocèse de Châlons en Champagne

SAINT - MEMMIE : 88,6 

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Monseigneur Gilbert LOUIS

Evêque de Châlons