LE TEMPS DU CARÊME 

Temps de la pénitence

et de la conversion

La Samaritaine (commentaire de l’évangile de ce dimanche 15 mars)

 

L’évangile de « la Samaritaine » est riche et peut se lire à plusieurs niveaux.  Il y a un curieux retournement de situation.  Jésus est fatigué et demande de l’eau à une femme. A l’arrivée, c’est Jésus qui comble sa soif, lui donne de l’énergie et lui fait abandonner sa cruche pour devenir missionnaire.

Il y a un grand étonnement, qui déclenche tout. « Comment ! un « juif » demande à boire à une « Samaritaine » !  

Dans la Bible Samarie, appelée aussi Israël ou le Royaume du Nord, avait fait sécession après le règne du roi Salomon.  Les dix tribus du nord avaient rompu avec Jérusalem et pris Samarie comme capitale. Ce royaume s’était effondré et depuis les samaritains étaient méprisés par les deux tribus de Juda (d’où vient le nom « Judée » « juif ») et de Lévi (les prêtres). En effet les juifs ont le Temple, la Loi (la Bible) et sont persuadés qu’ils détiennent la vérité et n’ont rien à recevoir des samaritains : ce sont des hérétiques, qu’on pense plus ou moins maudits de Dieu !  

On ne peut rien attendre d’un samaritain !  Pourtant Jésus demande à boire. On ne peut pas réduire cette demande à l’ouverture d’esprit de Jésus parlant à une femme ou à une « hérétique ». Il ne faut pas limiter cette demande à une soif physique. D’ailleurs on n’indique pas que Jésus a bu, et juste après il dira à ses disciples qui reviennent qu’il a une autre nourriture que la nourriture matérielle.

Ici, Jésus ne dit pas ici qu’il a soif. C’est seulement sur la croix qu’il dira « j’ai soif », et on lui donnera du vinaigre ! Mais il demande à boire à la samaritaine... Et curieusement c’est elle qui finira par demander de  l’eau à  Jésus  pour, dit-elle « que je n’ai plus soif ».  Cette eau, Jésus la propose largement : « celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif » (Jn 6, 35à) et celui qui a soif peut venir à lui car « de son sein couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 37). Mais si Jésus n’a pas soif, et s’il est lui-même la vraie source, pourquoi demande-t-il à boire ?

En fait, demander à boire, dans la Bible, fait partie des rites de « demande en mariage ». C’est ce qui s’était passé exactement au même endroit (le puits de Jacob), longtemps avant que les douze tribus issues des douze fils de Jacob ne se sépare : Jacob avait demandé à boire à Rachel. Symboliquement, en demandant à boire, Jésus propose de renouer l’alliance brisée. Certes, les juifs ont raison, ils ont le Temple, la Loi, etc.  Mais les raisons de la brouille sont moins importantes que la volonté d’adorer Dieu « en esprit et en vérité ». Jérusalem, Samarie, qu’importe, si la volonté est droite et sincère.

En tout état de cause, à travers Jésus qui demande à boire, et la Samaritaine qui a son tour demande à boire et reconnait enfin qu’elle a un désir, une soif qui ne sont pas comblés, une alliance est renouée. Chacun a besoin de l’autre. L’important n’est pas de se garder « pur » mais de se garder en relation, en communion, en solidarité, en alliance.

C’est ce désir, cette soif, qui ne peut pas aisément être comblé. On s’attache et on se détache vite… Nos passions, nos enthousiasmes, nos attachements successifs sont parfois autant de feux de paille. Mais quelle est notre soif véritable, notre désir profond ?  Jésus ne laissera couler de son côté l’eau promise à la Samaritaine que du haut de la croix. Seule la certitude d’un amour qui ira jusqu’à se donner totalement, jusqu’à la mort, peut combler notre soif. Saint Augustin plus tard, le traduira à sa manière : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ».

Paroisse de Saint Memmie              Diocèse de Châlons en Champagne

SAINT - MEMMIE : 88,6 

  • facebook-square
  • Twitter Square
  • Google Square

ANNONCER A TOUS LA BONNE NOUVELLE

Monseigneur Gilbert LOUIS

Evêque de Châlons